CORPS ET ÂME AVILIS
BIOGRAPHIE
Ces dernières années, Ana Francine a travaillé principalement sur des thématiques, des prises de consciences humaines, sociales et spirituelles, telles que : la route et le chemin, la dévoration, la peur, la haine, et maintenant l’inceste, la pédophilie et le viol. Consciente, que ces sujets puisés à même les aspects les plus sombres de la condition humaine sont durs, déroutants et complexes, elle se permet, toutefois, de les manipuler avec la volonté de changer notre compréhension et notre sensibilité en jouant parfois par diversion, parfois par confusion.
Ses images peuvent déranger, mettre mal à l’aise ou même confronter, mais à aucun moment elles n’ont l’intention de convaincre ou d’expliquer. Elles ne sont jamais déplacées ou éloignées du ressenti et de la profondeur du trouble humain.
CORPS ET ÂME AVILIS
Ce titre souligne très bien ce qui est laissé en héritage par l’agresseur : un corps et une âme vils, indignes de respect, déconsidérés, dégradés, déshonorés, diminués, souillés, prostitués.
DESCRIPTION DU PROJET
Le caractère particulier du projet porte sur la dénonciation du geste de violence en évitant toute forme représentative de l’agresseur. Il porte une plus grande attention et affection à l’état de l’être abattu et abandonné qu’il a dépouillé et laissé derrière lui.
Identifier l’espace où la victime perd subitement son identité dans une souffrance infligée au corps et à l’âme. Figer l’instant imprécis qui semble ne plus lui appartenir, le déséquilibre, la perte d’émotion parce que le corps affligé n’accepte plus et que le cœur n’existe que par affolement. Retracer le geste de violence posé sur le corps, sur la peau, sur l’intimité et l’identité qui est au-delà de toute raison. Immobiliser l’acte de violence qui fait perdre conscience et projette toute existence dans le néant.
Maintenir, par la composition des éléments visuels, le déséquilibre, le début de la folie, la perte de tous sens, le départ soudain de l’âme qui paraît ne plus être là pour aider à supporter l’horreur. Les images lient ce moment où le corps et l’âme en douleur, sans vie, où la force de combattre abandonne à la seconde même où la honte envahit, brûle la peau, prend et étouffe. Comment se relever ?
Une série d’images dans laquelle le corps est pris au piège, un corps coincé dans un espace inconfortable, insensé, irréel…Un condom pris comme symbole, comme un objet de protection, pas ici ! Il est une obsession, un objet trouble, infâme et abject. Il est le contenant d’une vie pour un contenu d’émotions.
Le condom représente la honte, le malaise, la souffrance, parfois la mort. Chaque image utilise le lieu de l’avilissante conduite, le moment odieux, l’instant précis où s’installe la douleur. Là où le soi bascule dans le vide…Déroutante réalité. Le lieu aussi où le corps et l’esprit se logent, se figent, perdent à la fois et ensemble toutes sensations et rythmes. Chacune des images retrace et manipule les souvenirs, fixe le temps, dénonce ces minutes troubles qui rongent jusqu’à l’os et noient jusqu’à la mort.
Inspirée par les œuvres intenses de Betty Goodwin qui parlent de la mort, de la perte et qui s’attachent aux traces de la vie, je retiens, comme dans la série «Le Gilet» un départ chargé d’émotions, un sentiment de perte et d’incertitude de l’existence. Le condom est ici aussi «un signe de vie, la trace du passage du temps et de la vie, tant du porteur qui leur a imprimé la forme de son corps que de l’artiste qui en a retrouvé l’histoire tout en les chargeant de la sienne.»2 Inspirée aussi par le livre «Le Pouvoir de l’horreur»3 de Julia Kristeva qui énonce et dénonce les agissements du corps lorsqu’il est placé en situation ou en position de rejet.
BUT ET OBJECTIFS
Le projet consiste en la création d’une série de 13 oeuvres grand format dont la réflexion porte sur certains actes de violence faites aux femmes : l’inceste et le viol.
Le but étant de dénoncer ces gestes de violence en ne parlant pas des agresseurs mais des victimes. Montrer un état d’être physique et moral qui fait en sorte qu’on arrive à sentir la victime de l’intérieur. C'est une façon très personnelle d’apporter un support moral et de dire que je comprends l’état de l’horreur et de l’erreur.
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